En 2002, presque tous les gouvernements s’engageaient pour une
réduction significative de la perte de biodiversité sur le plan mondial,
régional et national d’ici 2010. Six ans après, et à deux ans de
l’échéance, force est de constater que nous en sommes très loin. Le
nombre d’espèces, tant animales que végétales, menacées n’a jamais été
aussi important et, un peu partout, les indicateurs sont dans le rouge.
La publication 2008 de la liste rouge des espèces menacées a montré que
90 % des espèces se trouvaient dans une situation plus préoccupante
qu’elles ne l’étaient les années précédentes…
Jean-Christophe Vié, Directeur adjoint du Programme de l’UICN (1),
considère que 'Il est temps de reconnaître que la nature est la plus
grande entreprise du monde et qu’elle œuvre gratuitement au profit de
100 % de l’humanité. Les Gouvernements devraient faire des efforts aussi
importants, sinon plus, pour sauver la nature que pour sauver les
secteurs économiques et financiers… Imaginez la pêche sans poissons,
l’exploitation forestière sans arbres, le tourisme sans récifs
coralliens ni autres espèces sauvages, les cultures sans
pollinisateurs ', explique J.-C. Vié. 'Imaginez les dommages pour nos
économies et nos sociétés si tout cela était perdu. Tous les animaux et
les plantes qui constituent la trame extraordinaire de la vie sur la
planète ont un rôle spécifique et assurent des biens essentiels :
nourriture, médicaments, oxygène, eau salubre, pollinisation des
cultures, stockage du carbone et fertilisation des sols. L’économie
dépend complètement de la diversité des espèces. Nous avons besoin de
toutes les espèces, et de populations nombreuses. C’est simple : nous ne
pouvons littéralement pas nous permettre de les perdre.'
Et pourtant la situation pourrait rapidement se dégrader encore plus. En
effet, si le changement climatique n’est pas la principale menace pour
les espèces sauvages à l’heure actuelle, il pourrait le devenir. Des
17 000 espèces d’oiseaux, d’amphibiens et de coraux formant des récifs,
considérées actuellement comme non-menacées, l’UICN estime qu’une part
importante est sensible au changement climatique. Ce serait ainsi le cas
de 30 % des oiseaux non menacés, 51 % des coraux non menacés et 41 % des
amphibiens non menacés qui, tous, ont des caractéristiques les rendant
vulnérables au changement climatique.
Alex Belvoit
1- Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Tous les
quatre ans, cet organisme édite la liste rouge des espèces menacées, une
publication reconnue au niveau international.
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